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Les torses d’Elisabeth
Dumoncel
C’est rare de voir des torses en peinture… D’habitude,
ce sont les sculpteurs qui s’en chargent. Et c’est
Michel- Ange, la première fois dans l’histoire de l’art
qui reconnaît la beauté d’un fragment de corps, dans le
Torse de Belvédère, antique célèbre découvert en 1432.
Il refuse de lui ajouter des bras une tête et des jambes
comme on avait l’habitude de procéder à cette époque. La
Renaissance avait horreur des ruines et particulièrement
de la ruine du corps.
Dans son ouvrage intitulé La Totalité , le philosophe
Christian Godin met l’accent sur une idée étonnante à ce
sujet : « la mutilation ne renvoyait pas seulement à
l’oubli des hommes, mais aussi à leur fureur. Le
christianisme et l’islam ont été iconoclastes, à des
degrés divers. Les musulmans ont cassé en Indes, les
Chrétiens ont brûlé en Afrique. Jamais les dieux
grecques n’ont paru impies aux hommes de la Renaissance
parce que, justement, leur mutilation les protégeait. Un
Apollon aux bras cassés ne peut plus être un dieu ; il
ne peut être qu’une statue. »
Dans les années 60, Yves Klein crée lui aussi des torses
à l’aide de ses fameuses « femmes pinceau ». Il précise
: « Il ne fallait pas que les mains s’imprimassent, cela
aurait donné un humanisme choquant aux compositions que
je cherchais… Bien sûr, tout le corps est constitué de
chair, mais la masse se trouve essentielle, c’est le
tronc et les cuisses. C’est là où se trouve l’univers
réel caché par l’univers de la perception ».
La thématique du torse qu’on trouve
dans la peinture d’Elisabeth Dumoncel réveille
l’imagination. |
| Des torses
sans têtes, parfois pourvus des bras mais sans le côté «
choquant humanisme des mains » … De la peinture.
La chaire de peinture ? Platon dirait que c’est du
mensonge puisqu’il s’agit d’une illusion qui mélange
l’effet du vivant avec la pure matière obtenue à partir
de la pâte et des couleurs. Les couleurs sont « Fauves
»cependant. Elles donnent à ses torses la palpitation du
vivant.
Les « torses- femmes » ont les cuisses rondes, seins et
ventre gonflés, prêts à accoucher d’autres couleurs,
d’autres peintures ou bien à donner naissance à des
grappes de raisin, grenades mûres ou des oursins.
D’autres « torses femmes » sont juste en position
d’abandon. Ils sont offerts. L’un d’entre eux est
légèrement déhanchés, comme la Venus de Milo.
Les torses masculins paraissent plus architecturaux,
mais pas toujours. Nerveusement verts bleus et rouges
certains sont sur le point de se métamorphoser en
paysages. L’un d’entre eux, peint d’une manière plate
comme enduit sur un mur, reprit et travaillé à la
spatule, a des larges épaules et une carnation rose et
orange.
Cette ambiguïté anthropomorphique qui pourrait peu à peu
disparaître de la toile est sciemment présente. Elle est
figurée avec plaisir et sensualité, la tête n’a plus
aucune importance, le corps est en feu.
Ileana CORNEA
Janvier 2008
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